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Eglise Saint Saturnin de Palairac

La fresque

De l'origine maçonnique éventuelle 2ème partie

Une création des Philadelphes de Narbonne ?


Joseph-Gaspard Pailhoux de Cascastel

Véritable entrepreneur s'entourant des compétences nécessaires, Joseph-Gaspard Pailhoux de Cascastel (1726-1800 ou 1808?), seigneur de Cascastel, s'est allié à partir de 1782 avec Jean Antoine Chaptal, le célèbre chimiste, pour l'exploitation des mines dans divers villages allant de Cascastel à Padern, dont Palairac.
Les années 1775-1780 avaient vu la création de plusieurs loges à Narbonne : les Philadelphes, l'Amitié à l'Epreuve, la Parfaite Union, ... (1)
Le seigneur de Cascastel aurait appartenu à la loge des Philadelphes de Narbonne (2), fondée par le Vicomte François-Anne de Chefdebien d'Armissan et créateur du "Rite Primitif de Narbonne" en 1779 avec son fils François-Marie.
Joseph-Gaspard de Cascastel maria sa fille Jacquette en 1780 avec le Capitaine Luc-Siméon Dagobert de Fontenille (1736-1794) qui devint ensuite le Général Dagobert, bien connu dans les Pyrénées Orientales.
Chaptal fut quant à lui initié dans la loge Montpellieraine "La Parfaite Union", Grand-Orient (vers 1780 ?) et eu une longue vie dédiée à la science, l'industrie et la politique (Ministre de l'Intérieur de Napoléon de 1800 à 1804).
dagobertDagobert de Fontenille semble avoir aussi été affilié à des loges militaires et aurait fondé, avec ses frères, la loge "les trois Frères Unis" (3), dépendante du Grand Orient.

La vie de Joseph-Gaspard Pailhoux de Cascastel fut marquée par des initiatives et des échecs en matière de mines.
Après une quinzaine d'années comme exploitant d'une mine de fer proche de chez lui, il entreprend, en 1779, avec accord et paiement annuel à l'abbaye de Lagrasse, la création d'une forge au Grau de Padern (gorges du Verdouble) pour traiter le fer et d'autres métaux. Il s'allie avec Louis Pelletier, négociant, et Jean Pierre François Duhamel, commissaire du Roi pour les Mines. Il a même prévu un an plus tôt l'extraction de la houille des mines de Ségure (Tuchan-Quintillan) pour alimenter sa forge en combustible. Duhamel se charge de faire connaître à Joseph-Gaspard, et sa fille, son cousin Luc-Siméon Dagobert, commandant d'un régiment. Le mariage de Dagobert avec Jacquette Pailhoux se fait en 1780 et, dans la foulée, le seigneur de Cascastel associe à son entreprise son beau-fils qui rachète les parts de Duhamel fin 1780. Louis Pelletier avait quant à lui déjà cédé ses parts, fin 1779, à ses deux associés.

tombeEn mai 1781, Pailhoux obtient une concession trentenaire dans différents territoires dont Palairac, Maisons, Quintillan, etc pour l'exploitation du cuivre, plomb, fer et autres métaux. Ce serait Duhamel qui lui aurait fait découvrir, entre autres, les mines d'antimoine de Maisons, Palairac et Quintillan.
Duhamel s'étant dirigé en 1781 vers d'autres horizons, en 1782, Joseph-Gaspard rencontre Jean Antoine Chaptal (1756-1832) qui lui vante peut-être les vertus de l'antimoine, pour les alliages et en matière médicale. Ils s'associent et commencent l'exploitation des mines de ce "métal" à Quintillan (Feugerolles) et Maisons (Las Corbas et Sainte Marie). Ils font aussi quelques extractions à la Bousole (Palairac), située à 300 m de la mine de Sainte Marie, mais Joseph-Gaspard reste discret sur son intervention dans cette mine. Rappelons que le village de Palairac se trouve exactement entre Maisons et Quintillan. Il traite l'antimoine à la Bousole, où il installe un four, et au château de Cascastel où il installe également un four. Chaptal se charge de vendre le minerai. Simultanément le seigneur de Cascastel abandonne la forge de Padern et ses concessions de fer qu'il vend à Dagobert. Dagobert ne pouvant s'en occuper loue la forge au fils ainé de Joseph-Gaspard, Joseph-Melchior. Dagobert essaye de la vendre en 1787, mais sans succès. Il meurt pendant sa brillante carrière militaire en avril 1794. Ses restes sont transférés en 1825 au cimetière St Martin de Perpignan dans une tombe en forme de pyramide qu'il partage avec le général Dugommier... Jacquette et son fils Henry héritent de la forge mais ne peuvent non plus correctement s'en occuper et la mettent en fermage. La forge finit par être vendue en 1813.
Après la mort de Joseph-Gaspard en 1808, son fils Martial exploite les mines de Maisons et surtout Quintillan (plus facile à travailler et proche de Cascastel) jusqu'au terme de la concession avec pas mal de périodes d'inactivité et des rivalités pour la possession de Las Corbas avec d'autres entrepreneurs.
Plus de détails sur cette période de l'histoire locale liée à la forge de Padern
cascastelJoseph-Gaspard Pailhoux de Cascastel semble avoir été un étrange personnage. Dans son rapport de l'an VIII pour la commission d'économie du district de Lagrasse, il ne cite pas les travaux miniers qu'il a fait sur Palairac. On sait pourtant par d'autres, notamment le sieur Couret dans sa demande de concession en 1810, qu'il a essayé d'exploiter la Bousole mais sans trop de "professionnalisme".
Il se pourrait que cette mine ait cependant revêtu quelqu'importance pour Joseph-Gaspard puisque la colline, située sur Maisons, aujourd'hui appelée La Saquette, qui aboutit sur Palairac à la mine de la Bousole, dans la description de la concession en 1859, s'appellait La Jacquette. Joseph-Gaspard s'est-il arrangé pour que le nom de ce tènement soit celui de sa chère fille ?
Il semble avoir voulu posséder, sans y travailler, la mine de La Canal (sur Palairac, à 500 m de la Bousole, que Pailhoux décrit dans son mémoire mais sans dire qu'elle se trouve sur Palairac) : le sieur Dubosc, exploitant plusieurs mines des Corbières et du Razès pour alimenter sa forge de Salvezines, s'est plaint de la perte de Lacanal dans laquelle il avait entrepris de sérieux travaux, au profit du "citoyen Cascastel qui réclamait alors cette mine (et) ne s'en est jamais occupé que pour en empêcher le travail dans cette circonstance" (mémoire Dubosc Archives Nationales F148060)...
Plus tard, certains accusèrent le fils de Joseph-Gaspard de ne pas s'occuper correctement de l'exploitation minière, souvent il est vrai pour s'approprier certaines de ses concessions.

Cliquer sur ce lien pour en savoir plus sur le Château de Cascastel et la famille Pailhoux

Le "Rit" Primitif des Philadelphes de Narbonne

Ragon Jean-Marie, Orthodoxie maçonnique, 1853 Le Rite (ou Rit) Primitif des Philadelphes de Narbonne comportait un nombre incalculable de "grades" répartis en plusieurs classes et degrés, dont les détenteurs étaient regroupés en "chapitre". Le dernier chapitre concernait les grades de "Fraternité Rose+Croix de Grand Rosaire". (Ci-contre un extrait d'Orthodoxie Maçonnique, Jean-Marie Ragon, 1853)
Certains Franc-maçons contestent la validité de tous ces grades et considèrent leur fondateur, le Marquis de Chefdebien, comme un illuminé teinté de charlatanisme. D'autres considèrent au contraire les Philadelphes comme de réels mystiques qui ont marqué l'histoire de la Franc-maçonnerie.
Le Marquis d'Armissan François-Marie de Chefdebien (1753-1814), chevalier de Malte, participa au Convent de Lyon, en 1778, en tant que représentant de la Septimanie pour le RER et au Convent de Wilhelmsbad en 1782 comme représentant de la 3ème province de la Stricte Observance Templière... Il collabora activement avec le Marquis Charles, Jean, Pierre, Paul Savalette de Langes (1746-1797) au sein des Philalèthes (12ème et dernière classe du rite de la loge des Amis Réunis) (4) à l'observation et l'archivage d'un grand nombre de sociétés maçonniques ou autres, et à la constitution d'une vaste bibliothèque, instrument de leur recherche de la "Vérité Unique" et de l'origine réelle du monde maçonnique. Cela mena les Philalèthes à deux convents inachevés. La hiérarchie de grades des Philadelphes correspondait en réalité à l'accès, selon le niveau, à divers documents de leur loge et de la bibliothèque des Philalèthes. En quête d'une sagesse immémoriale, le Marquis de Chefdebien fut donc un touche-à-tout du monde maçonnique et "ésotérique" de son temps.
Le rite de Memphis-Misraïm se réclame pour partie des Philadelphes de Narbonne par la présence supposée parmi eux de Gabriel-Mathieu Marconis de Nègre (5), père de Jean-Etienne le fondateur du rite de Memphis en 1838.

equesLe Rite Primitif de Narbonne ne vécut que par la volonté de François-Marie de Chefdebien. En 1806, le Rite fut agrégé au Grand Orient et disparut peu de temps après. (A l'époque, par Cambacérès, le Grand Orient réalisait une sorte de "dumping" visant à conforter son hégémonie. En simplifiant, les rites et donc les loges les pratiquant n'avaient plus le choix : s'y soumettre ou disparaître). Toutefois, en 1815, à Montauban, il y aurait eu une tentative de restauration du Rite par Samuel Honis, prétendument initié à celui-ci en Egypte dans une loge créée en 1798 par des officiers de l'armée de Napoléon. Le "Grand-Maître" de cette loge de Montauban "Les Disciples de Memphis", devenue "Loge-Mère de l'Ancien et Primitif Rite Oriental de Memphis" aurait été Gabriel Mathieu Marconis de Negre.
Les derniers grades du Rite Primitif de Narbonne s'occupaient en finalité de disciplines dites ésotériques. On peut considérer l'Alchimie dans cette catégorie. Bref, quelques membres du Rite Primitif de Narbonne devaient très probablement y toucher (comme certains Philalèthes, certains "Philosophes Inconnus" ou encore les membres des loges de Rite Ecossais Philosophique). On serait dès lors tenté de faire quelques rapprochements, très hypothétiques, entre l'église de Palairac, sa fresque, son mobilier et l'exploitation des mines par un éventuel Philadelphe...
chaptalDifférents personnages de la seconde moitié du XVIIIème subirent des influences mutuelles qui se retrouvent dans leur système purement philosophique et spéculatif : Martinez de Pasqually, Louis-Claude de Saint Martin, Jean-Baptiste Villermoz. Martinez de Pasqually fut le créateur des Elus Coëns de l'Univers dont les deux autres devinrent détenteurs du grade le plus élevé de Réau-Croix. Villermoz établit le rituel du Rite Ecossais Rectifié et Saint-Martin fut à l'origine de ce qui allait devenir le Martinisme. Papus, le fondateur du Martinisme tel que nous le connaissons, revendiquait une filiation, controversée, directe de Saint-Martin par Chaptal (6). Ce dernier pourrait avoir rencontrer Saint-Martin. Jacob Böhme influenca fortement Saint-Martin, plutôt sur la fin de sa vie au moment où celui-ci prit ses distances par rapport à la franc-maçonnerie. S'inspirant peut-être directement de la philosophie de Jacob Böhme pour une réalisation au XVIIème, la fresque de Palairac aurait-elle eu aussi comme vecteur, outre les Philadelphes, eux-mêmes influencés, un de ces trois courants ou un mélange de ceux-ci, principalement la philosophie de Saint-Martin, via Chaptal, si sa date de réalisation se situait plutôt fin XVIIIème ?
Autrement dit, Chaptal, éventuel disciple indirect de Böhme, chimiste rationnel, mais aussi alchimiste pour certains (7), pourrait-il être lui-même à l'origine de la fresque ?

Des opératifs au fourneau ?

Depuis la diffusion des écrits attribués à Basile Valentin (8), au début du XVIIème siècle, des écrits d'Eyrenée Philalèthe, de Jacques Toll ou d'autres, beaucoup d'alchimistes ont pris comme matière sujet "l'antimoine", nom usuel de la stibine ou sulfure d'antimoine, ou encore le Kermès minéral ou oxysulfure d'antimoine.
Sous l'impulsion de Chaptal, certes maître de la nouvelle chimie, mais qui marqua de fait aussi dans sa vie un certain respect pour l'ancienne chimie, notamment sa nomenclature malgré sa volonté de la réformer, il est étonnant que Joseph-Gaspard Pailhoux de Cascastel se soit lancé dans l'exploitation quasiment exclusive de ce demi-métal.
C'était surtout l'antimoine cru (stibine débarrassée de sa gangue) qui était commercialisé. Mais les mines fournissaient, outre de la stibine, du fer et l'environnement local les fondants necessaires pour l'opération d'extraction du régule d'antimoine martial (antimoine "métal" : la partie "mercurielle" ou encore "leur eau", pour sa propriété de solidification expansive identique à l'eau, comme si, pour les Anciens, sa solidification absorbait un "invisible agent extérieur" (9)).

four Pailhoux dans les mines d'antimoine avec ses fours de fusion à la Bousole et au château de Cascastel ? Tout cela a-t-il servi de "couverture" ?
Alors est-il possible que ... Palairac, les mines, la décoration, la fresque, Chaptal ou les Philadelphes de Narbonne (10) ?
Peut-être mais pas sûr. Outre cette fin du XVIIIème (rappelons que la fresque date peut-être du XVIIème, tout au moins l'enduit qui lui sert de support selon un avis de spécialiste) et les incertitudes historiques, la voie du loup gris qui mange tout ce qui n'est pas pur (la stibine était un moyen de purification de l'or autrefois) est une voie sèche, ou plutôt au creuset, bien éloignée, en apparence, de celle qui pourrait être aussi représentée dans la décoration de l'église (voie du Cinabre) et toute aussi utopique...

bizanetToutefois, certaines constatations réalisées lors de l'enlèvement pour restauration du Retable de Saint Roch pourraient laisser penser que la fresque et l'agencement de la chapelle Saint Roch auraient pu être réalisés, ou complétés, à la fin du XVIIIème siècle, mais sans aucune certitude...

Alors, rêvons...

Il existe une église de la région, peut-être parmi d'autres non visitées pour l'instant, qui a exactement la même disposition qu'à Palairac : une seule chapelle au Nord, dédiée à Saint Roch, avec du mobilier en marbre blanc (XIXème ?) et une seule chapelle au Sud dédiée à la Vierge, avec également du mobilier en marbre blanc. Elle se trouve à Armissan ...
Comme le montre ce vitrail de leur ancienne chapelle familiale à Bizanet, il est à noter que la famille de Chefdebien voue, depuis toujours, un culte particulier à Saint Roch et une tradition très ancienne dans cette famille le considère comme un aïeul.

Pourrait-on envisager un transfert de mobilier ancien d'Armissan à Palairac ? ...
Mais, bien sûr, ceci n'est qu'une pure hypothèse qui ne repose sur aucune preuve ... et en réalité peu probable.

->Accès à de nouveaux indices sur Pailhoux et l'origine de la fresque de Palairac


Notes :

(1) Loges et francs-maçons audois, 1757-1946 de Paul Tirand, Cercle culturel et philosophique de Carcassonne, 2002, pages 34-37.

(2) Source : Roger-René Dagobert, Histoire d'une famille et d'une chanson. D'où la tiennait-il ? Le tableau de la première loge du Rite Primitif, établi en 1790, ne contient pas le nom de Pailhoux. ( http://www.octonovo.org/RlC/Fr/docu/Ritprimitif02.htm)

Toutefois, en fouillant la généalogie des Pailhoux sur indications de Jean Claude L. et Thierry L., par sa mère, Marie-Thérèse de Ros, Joseph-Gaspard était apparenté à au moins trois Philadelphes du tableau de la première loge. -> Nouveaux indices.

(3) Toujours selon Roger René Dagobert. Apparue en 1775, cette loge militaire fut créée par des gardes du corps et des militaires proches du Roi. Les Dagobert en faisaient-ils partie comme l'affirme sans preuve Roger René Dagobert ?

(4) Les Philalèthes étaient au nombre de 20 en 1781 et possèdaient un laboratoire alchimique contigü à la loge. Différents personnages connus en firent partie, comme Antoine Court de Gébelin qui publia entre 1773 et 1782 un ouvrage remarqué en 9 volumes :"Le Monde primitif analysé et comparé avec le monde moderne considéré dans son génie allégorique et dans les allégories auxquelles conduisit ce génie". Il s'attacha ainsi notamment dans cet ouvrage à essayer de retrouver la "langue primitive" de laquelle seraient issues toutes les langues de la Terre. Un autre Philalèthe, le peintre Touzay Duchanteau, se livra en 1786 dans ce laboratoire alchimique parisien à une expérience absurde qui lui coûta la vie : prendre pour unique aliment sa propre urine... (en 1781 Duchanteau n'était pas du tout apprécié par Savalette de Langes, alors comment est-il devenu Philalèthe ?) Le Marquis Savalette de Langes fut aussi un personnage ambigü et certaines de ses méthodes, l'initiation par "contact" par exemple, principalement avec des jeunes filles (http://hautsgrades.over-blog.com/article-21514743.html), n'auraient pas été vues d'un très bon oeil de nos jours...

(5) Le tableau de la première loge du Rite Primitif ne contient pas non plus son nom.

(6) Si Chaptal et Saint Martin, vivant à la même époque, ont pu se rencontrer (mais il n'y en a aucune preuve), la filiation revendiquée par Papus (Gérard Encausse) est bien des plus douteuses. Papus (in "Martinésisme, Willermosisme, Martinisme et Franc-maçonnerie", Chamuel, 1899) affirmait avoir reçu un "dépôt" ("deux lettres et divers points") de la part de l'occultiste Henri Delaage (1825-1882) juste avant la mort de ce dernier. Le docteur Encausse prétendait que Delaage avait reçu ce dépôt de son grand-père Jean-Antoine Chaptal qui l'avait reçu de Saint Martin. A l'appui de ses dires il présenta une lettre de Camille Flammarion confirmant qu'Henri Delaage, qu'il avait côtoyé, lui avait parlé souvent "de son grand-père le ministre Chaptal, et de Saint Martin (le philosophe inconnu), que son grand-père connaissait particulièrement". La plupart des exégètes du Martinisme actuel "contestent" cette filiation en disant que Delaage n'avait que 7 ans à la mort de Chaptal et sinon d'être improbable il existerait un "chaînon manquant" dans la filiation entre Chaptal et Delaage. Une notice nécrologique de 1882 (Gazette Anecdotique, Septième année, Tome II) affirme aussi que Henri Delaage était le petit fils de Chaptal par sa mère.
Or, rien ne paraît plus douteux !
Chaptal eut trois enfants qui survécurent : Jean Baptiste, Victoire et Virgine. C'est cette dernière qui épousa un membre de la Famille de Laage de Bellefaye, Clément Marie Joseph. De cette union naquirent deux filles et un fils, Clément Léon, né en 1819 et mort en 1890, qui fut Directeur des Douanes à Rouen et décoré de la Légion d'Honneur (gw1.geneanet.org).
Henri Delaage (1825-1882) ne serait donc pas le petit-fils de Chaptal d'après la source citée (gw1.geneanet.org). Serait-ce, par contre, un autre membre de la famille de Laage de Bellefaye sans aucun rapport avec la famille Chaptal ? Si Henri Delaage se faisait passer pour le petit-fils de Chaptal, pourquoi le vrai, Clément Léon, ne s'en est-il jamais plaint ?

Correction de novembre 2015 : à présent selon gw.geneanet.org, Clément Marie Joseph Delaage a eu un deuxième fils : Henri (1825-1882)
Henri de Laage serait donc bien le petit-fils de Jean-Antoine Chaptal...

(7) Il l'aurait bien caché dans ce cas. Toutefois, dans ses Eléments de chimie (1790), après avoir condamné les chimères de l'Alchimie et ses erreurs, Chaptal s'exprime ainsi : "Mais, en convenant que les Alchimistes ont suspendu les progrès de la chimie, nous sommes bien éloignés d'outrager la mémoire de ces philosophes, et nous leur accordons le tribut d'estime qu'ils méritent à tant de titres : la pureté de leur sentiments, la simplicité de leurs moeurs, leur soumission à la Providence, leur amour pour le Créateur pénètrent de vénération tous ceux qui lisent leurs ouvrages ; les vues profondes du génie sont partout dans leurs écrits à côté des idées les plus extravagantes, les vérités les plus sublimes y sont dégradées par les applications les plus ridicules ; et ce contraste étonnant de superstition et de philosophie, de lumière et d'obscurité, nous force de les admirer lors même que nous ne pouvons pas nous dispenser de les plaindre. Il ne faut pas confondre la secte des Alchimistes, dont nous parlons en ce moment, avec cette foule d'imposteurs et cet amas sordide de souffleurs, qui cherchent des dupes et nourissent l'ambition de certains imbéciles par l'espoir trompeur d'augmenter leurs richesses ; cette dernière classe d'hommes vils et ignorants n'a jamais été reconnues par les vrais Alchimistes ..."
Il écrit d'ailleurs toujours Alchimie ou Alchimiste avec un A majuscule et chimie et chimiste avec un c minuscule ...
A cette époque, la formation de l'esprit scientifique rationnel, auquel participat activement Chaptal, laissait de moins en moins place aux croyances anciennes mêlant matière et esprit. Et pourtant certains n'hésitaient pas à le faire, parfois sans le cacher publiquement. Il en est ainsi par exemple de l'abbé Rozier, célèbre botaniste, de l'Hérault aussi (entre 1779 et +/-1788), Philalèthe des Amis Réunis, qui ne cachait pas, au prix d'être mal considéré, d'être un fervent Elu Coën. Chaptal travaillat étroitement avec Rozier pour élaborer ensuite son "Traité théorique et pratique sur la culture de la vigne..." qui publiait après la mort du botaniste plusieurs de ses textes.

(8) Les écrits attribués à Basile Valentin ont probablement été écrits début XVIIème par Johann Thölde. Les Nicolas Flamel, Saint Thomas d'Aquin, Raymond Lulle, Albert le Grand et autres, à qui on doit des ouvrages d'Alchimie appréciés n'ont jamais été alchimistes : les vrais rédacteurs anonymes se sont servis de leur réputation pour accorder crédit à leurs écrits. Mais cela n'enlèverait rien, dit-on, à la qualité de ces derniers...
On peut noter la présence dans la région au XVIIème et au XIXème de deux alchimistes "dignes de ce titre" : Pierre Jean Fabre (1588?-1658), de Castelnaudary, docteur en médecine, médecin de louis XIII, et Louis Paul François Cambriel (1764-1854?), de Saint Paul de Fenouillet, né à Latour de France, drapier à Limoux.
Concernant Pierre-Jean Fabre, est-ce un membre de sa famille (le Sieur Fabre de Castelnaudary) qui réclama l'invention du gîte d'antimoine de La Bousole à Palairac dès 1835, pour entrer en conflit ouvert avec les exploitants Ribes et Paliopy en 1848 ?

(9) La réalisation d'une forme stellée ("l'étoile") sur la partie "mercurielle" dans le moule conique, n'est pas caractéristique d'un travail "canonique" : elle est réalisable par n'importe quel bon manipulateur et tient aux propriétés physiques de l'antimoine. De même la coloration du sel en vert lors de la dernière purification ("l'émeraude") peut n'avoir aucun rapport avec l'absorption d'un "mystérieux agent cosmique", mais indique plutôt la présence d'un résidu de fer (sous forme de sulfate)... Cependant on peut parler, en jouant sur les mots, d'un "agent stellaire" ;-) : en effet le fer en grec se dit sideros, d'où le mot sidérurgie, et en latin étoile se dit siderus, à la base du mot français sidéral...
Il n'avait pas échappé aux anciens que les météorites, constituées de fer, sont magnétiques. Ils avaient aussi remarqué que la frappe de ces pierres ferriques qui tombent du Ciel en dégageait des étincelles. Ces pierres, le fer donc, contenaient un "feu potentiel" qui n'était autre, dans leur conception, que le feu céleste à la base du scintillement des étoiles. Notons à propos des météorites qu'elles ont été probablement la matière de base des premières activités sidérurgiques de l'homme, bien avant l'exploitation des minerais. Cette conception des anciens est étonnante, parce que bien "proche" de nos connaissances sur les étoiles et les noyaux atomiques. En effet, dans des conditions de température et de pression extrêmes, les processus de fusions nucléaires dans les étoiles aboutissent à la création de fer (et de nickel, se désintégrant en fer), le nickel et le fer étant les éléments à l'énergie de liaison nucléaire par nucléon la plus forte... Au delà du fer, les opérations de fusion nucléaire deviennent endothermiques. Par contre les fissions deviennent exothermiques et plus "faciles" plus l'élément est lourd. Rappelons que les éléments plus lourds que le fer, pour la science moderne, sont produits lors de l'explosion (suite à l'implosion du coeur) de l'étoile en fin de vie ; ce qu'on appelle une supernova.
Les alchimistes voulaient-ils casser le fer pour en obtenir ses composants "soufre" et "mercure" ? ils se seraient considérablement trompés selon nos connaissances actuelles : en choisissant le plus "énergétique", ils auraient choisi aussi le plus difficile à casser (au sens nucléaire) ...

(10) Ne pas confondre les Philadelphes de Narbonne dont il est fait état ici avec d'autres Philadelphes ou Cercle des Philadelphes, un peu postérieurs aux précedents, qui auraient été créés vers 1797 par Charles Nodier et qui jouèrent un rôle obscur à la fin de l'Empire.
En complément d'une partie d'archives de la famille Pailhoux disponible aux Archives Départementales de l'Aude et du fonds de Chefdebien aux Archives Municipales de Narbonne, il existerait d'autres archives de cette dernière famille, considérées comme perdues. Selon Roger-René Dagobert, celles-ci ont malheureusement été volées au domicile du Docteur Paul Courrent, à Embres et Castelmaure, juste après sa mort le 18 février 1952 .
Il semblerait que ce vol soit un mythe et une pure invention de Roger-René Dagobert : cliquer ici pour voir la page spécifique qui lui est consacrée.
Toutes les archives de Chefdebien sont donc disponibles (sur demande à la famille) aux Archives municipales de Narbonne.