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Eglise Saint Saturnin de Palairac

La fresque

De l'origine maçonnique éventuelle - première partie



Il fallait bien un jour aborder ce sujet. Les visiteurs pensent très souvent en voyant la peinture de la chapelle Saint Roch à une oeuvre de Francs-maçons. Un jour, une personne, qui passait dans le village par hasard, fut très étonnée qu'une peinture comme celle-là soit dans une église. En lui donnant l'explication du contenu de la fresque, il prit sa tête en main, assis sur un banc, en disant : "il devait y avoir des opératifs ici...". Il demanda gentiment pour avoir une copie de la photo agrandie qui se trouve dans l'église, pour "la montrer à ses amis, près de Paris, qui n'en reviendront pas...". Pourquoi, pour beaucoup, franc-maçon ou pas, la peinture paraît-elle d'inspiration maçonnique ? oeil mossetL'argument le plus souvent avancé est "l'oeil dans le triangle". Pourtant cette représentation n'est pas rare dans les églises et a eu, et a toujours, avant tout, une signification religieuse : la Sainte Trinité et son regard absolu et omniscient (ci-contre l'église de Mosset, Pyrénées Orientales). Un autre argument est le Temple avec les colonnes "J et B". La plupart des tabernacles eucharistiques, conservant le ciboire avec les osties consacrées, dans toutes les églises, depuis plusieurs siècles, ont cette forme de temple. Alors ...
N'y a-t-il donc rien qui soit en rapport avec la Franc-maçonnerie ?
La lecture de la page sur une interprétation religieuse de la fresque est recommandée avant de poursuivre la lecture de celle-ci.

Présentation

fresqueLa création officielle de la Franc-maçonnerie conventionnelle remonte à 1717 de l'autre côté de la Manche avec la réunion de plusieurs loges pour constituer la première Grande Loge d'Angleterre. En 1723 apparaissent les constitutions d'Anderson. Deux ans plus tard les premières loges françaises font leur apparition. Bien sûr ces dates concernent la création de la franc-maçonnerie moderne, dite spéculative. Précédemment existaient des loges de maçons opératifs, qui, petit-à-petit, ont accepté en leur sein des non opératifs (les "acceptés"). Historiquement, même si les loges existaient avant, le premier procès-verbal de tenue date de 1599. La première mention de la présence d'un accepté date de 1634.
Si la datation de la peinture de Palairac se situe fin XVIIème - début XVIIIème, sa création est antérieure, voir contemporaine à l'apparition des premières loges "modernes". La réflexion du visiteur "il devait y avoir des opératifs ici" serait tout-à-fait correcte puisque la Franc-maçonnerie telle que nous la connaissons n'était pas encore structurée.
Cette structuration faite au XVIIIème de la Franc-maçonnerie n'est pas sortie de rien et a repris des symboles, des rites, ... qui ont précédé son avênement, pas tous issus de la maçonnerie opérative, loin s'en faut.
Une notion importante divise la Franc-maçonnerie en deux composantes : la Régularité. Il y a les obédiences, loges, maçons, ... irréguliers et réguliers.
Les obédiences et loges régulières ont été reconnues par la Grande Loge Unifiée d'Angleterre. Mais la Régularité est une notion complexe et qui évolue. En simplifiant, le caractère régulier est décerné lorsque l'obédience demande comme préalable le principe de la croyance en Dieu. C'est le cas pour les loges françaises sous obédience de la Grande Loge Nationale Française, qui ne reconnait cependant comme régulière aucune autre obédience française. D'autres ouvrent pourtant leurs travaux à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers, de manière régulière. Le Grand Orient est une obédience irrégulière puisqu'elle a rayé de sa constitution la notion de "Grand Architecte de l'Univers" (dès 1877). Il est à noter que les loges "irrégulières" sont beaucoup plus importantes en nombre et en taille, en France, que les loges régulières.
Au XVIIIème il était obligatoire de croire en l'Etre Suprême et (quasiment) obligatoire d'être chrétien. Cela a bien changé depuis.

Comme l'Eglise a ses liturgies, la Franc-maçonnerie a ses Rites. Dans tous les Rites existent les grades bleus : apprenti, compagnon, maître. Certains Rites ont un nombre plus ou moins élevé de "Hauts Grades". La maçonnerie "régulière" française pratique notamment aujourd'hui trois Rites (qu'on retrouve dans d'autres obédiences) : Rite Ecossais Rectifié (trois hauts grades), Rite Emulation (1 haut grade) et Rite Ecossais Ancien et Accepté (30 hauts grades). Le principal Rite du Grand Orient est le Rite Français. Certains Rites sont fortement chrétien, comme le Rite Ecossais Rectifié (RER). Le Rite Emulation (RE) est le principal Rite de la maçonnerie régulière, notamment en Angleterre. Nous nous interesserons particulièrement au Rite Ecossais Ancien et Accepté (REAA) et au RER.

L'origine officielle du REAA remonte à 1801 à Charleston. Mais bien sûr il était pratiqué avant mais de manière moins structurée. Reconnu universellement, il se distingue par deux caractères essentiels :
L'initiation maçonnique passe par les trois grades "hiérarchiques" issus de la maçonnerie opérative : apprenti, compagnon, maître. Le phénomène des Hauts Grades doit être considéré plutôt comme "honorifique" ou "sélectif". Les francs-maçons ne s'accordent pas tous sur leur pertinence et leur validité...
L'Hermétisme est la "doctrine" de l'Alchimie. Il est temps d'en dire quelques mots.

L'Alchimie

Savoir d'un autre âge, l'Alchimie est riche d'une iconographie et d'une littérature remontant à l'Antiquité. Elle est trop souvent confondue avec l'histoire de la chimie. Si les alchimistes ou plutôt les opératifs à la recherche de la Pierre Philosophale ont jeté les bases de la chimie (1), l'Alchimie ne semble pas pour autant être uniquement la mère de la chimie. Les principes de l'Hermétisme, sur lesquels se base l'Alchimie avec force depuis le début du XVIIème (2), énoncés par "Hermes Trismégiste" il y aurait bien longtemps, étaient d'une portée générale, unitaire, aussi bien dans le domaine de la matière que de l'esprit. Selon les Anciens, Tout est dans tout. Tout est dans Un et Un donne Tout. La nature holoscopique (ou hologrammatique : le "Tout" présent dans ses "Parties") de la Création est l'âme de la théorie alchimique. L'analogie entre deux systèmes (grand - petit, matériel - spirituel, ...) permettrait d'appréhender tous les recoins du monde visible ou "invisible".
L'Alchimie aurait pour but le "Perfectionnement", tout comme la Franc-maçonnerie. Toutefois l'Alchimie revendiquerait un perfectionnement à la fois matériel (externe, sur la matière) et spirituel (interne à l'opérateur) (3). On ne devrait donc pas la réduire à une vulgaire technique visant à fabriquer une poudre magique dans le but principal de transformer le plomb en or ou de gagner ici-bas la vie éternelle. Cependant, reconnues impossibles, pour le côté "matériel", les transmutations métalliques qu'elle "recherche" sont logiquement condamnées. Selon ses partisans, la transmutation métallique ne serait pas le but mais semblerait plutôt une "conséquence"... L'Alchimie reposerait sur le principe de structuration du Vivant (croyance, -erronée-, en un "principe vital" qu'on retrouve encore dans les philosophies orientales de nos jours ou dans les mouvements "New Age").
Il ne faudrait pas, à contrario, la voir comme un système purement philosophique, la réduire à une "alchimie spirituelle", comme beaucoup le font aussi, souvent francs-maçons ou encore partisans des philosophies orientales, bien que cette démarche spirituelle semble importante. Vue sous cet angle, elle cadre bien avec la notion d'initiation maçonnique et le caractère purement spéculatif de sa démarche.
Selon la sensibilité, la formation et le désir des personnes, les avis sur l'objet de l'Alchimie portent sur un simple et vénal secret de "fabrication" de l'or, la pratique d'une chimie "écologique", une médecine parallèle ou encore le cérébral processus "d'Individuation" de C.G. Jung, et cetera.

La quête de vérité ou de progression de l'alchimiste reposerait sur l'observation, le respect et l'utilisation de la Nature (dont il fait partie) sous ses aspects matériel et spirituel.
Le texte d'André Savoret, "Qu'est ce que l'Alchimie ?", de 1947, donnera au lecteur une bonne idée de sa conception actuelle par ceux qui la défendent, tout au moins le courant "majoritaire".
L'ancienne Maçonnerie, celle des bâtisseurs de Cathédrales, associait aussi le travail de la matière à la démarche philosophique.
Sans rien enlever à la sincérité de la démarche philosophique du franc-maçon, la Franc-maçonnerie moderne, à la recherche de repères lors de sa structuration dans certains rites, s'est appropriée le côté spéculatif de "l'hermétisme" (au sens "alchimique") sans, semble-t-il, en comprendre la vocation "unitaire" et indivisible (à la fois matérielle et spirituelle). Le REAA est rempli d'allusions alchimiques : des symboles hermétiques remplissent le cabinet de réflexion, le grade de Rose-croix repose sur les vertus théologales, le symbole INRI est révélé, etc. Les symboles sont allégoriques, destinés à la compréhension de concepts philosophiques. Le sens alchimique opératif, indissociable du spirituel selon les alchimistes, semble pour tous complètement perdu (4).
Pourquoi d'une discipline ne garder que la partie spirituelle, en la considérant "véridique" ou utilisable, et rejeter la partie opérative, reconnue fausse, alors que la partie spirituelle est la correspondance dans ce plan de la partie opérative ?
Si l'une est fausse, l'autre l'est aussi. Cela reviendrait à dire que les alchimistes ont construit un système philosophique vrai à partir de considérations physico-chimiques erronées ...

cibinensNotons que l'Alchimie et la religion chrétienne (catholique, romaine ou non) seraient très proches et respecteraient le principe d'analogie. Il n'est pas rare de voir assimiler le travail de l'alchimiste à celui du prêtre, notamment pendant la messe. C'est la raison pour laquelle l'Alchimie se sert souvent des symboles Chrétiens à ses propres fins opératives (5). On pourrait dire aussi que le côté philosophique de l'Alchimie, en Occident, repose sur la spiritualité de la religion chrétienne (croyance en Dieu, Chute, Vertus, etc.).
De manière analogue, créée par des chrétiens, la franc-maçonnerie puise aussi une grande partie de ses symboles dans la religion chrétienne. Mais cette fois, le sens chrétien originel de certains symboles est encore conservé dans quelques rites.

L'initiation alchimique, de nature érémitique, est réputée très longue. Le laboratoire scellerait le franchissement à l'étape suivante et servirait de contrôle en validant la démarche philosophique. Les alchimistes appellent d'ailleurs leur sujet le miroir de l'art ou de vérité. La Franc-maçonnerie s'inscrivant dans une démarche fraternelle, trouve son miroir dans les Frères.

Considérée logiquement par elle comme chimère, il va de soi que la science moderne refuse tout crédit à l'Alchimie opérative et son application du concept de perfectionnement des métaux (transmutations, à basse énergie). Par son "but" opératif physique (action sur les noyaux) et non chimique, elle devrait être appréhendée de préférence dans le cadre de la physique nucléaire et non celui de la chimie classique. C'est l'erreur de tous ceux, passés ou présents, qui la défendent : croire que des manipulations chimiques ont des actions nucléaires.
On refuse également toute validité au mélange des concepts matériels et spirituels qu'elle utilise (actions de "l'esprit" sur la matière, influence de l'opérateur, ...), qui la font cataloguer dans les "sciences" dites occultes, alors que ses partisans la désignent comme un "art" pour les mêmes motifs. Figée, à l'image de l'Astrologie, elle conserve encore aujourd'hui tout son attirail magique complètement erroné.
Enfin actuellement parmi ses "partisans", à quelques rares exceptions, on rencontre essentiellement des illuminés ou des charlatans...
Considérée parfois avec raison comme pseudo-science, ses défenseurs y voient au contraire une "Mystique expérimentale", à laquelle ne s'appliquerait pas la méthode scientifique telle que nous la concevons aujourd'hui (notamment par ses expériences semblant faire appel à la "Providence") (6). Ils y voient "La Science" alors qu'elle n'est même pas une science...
Historiquement et scientifiquement, au mieux et à juste titre, elle n'est à considérer que comme une sorte de chimie embryonnaire, fausse dans ses principes, qui, corrigée et débarrassée de ses superstitions, a aboutit à la chimie moderne.
Seuls quelques historiens des sciences, des religions ou de l'art s'y intéressent en raison de son riche et très ancien corpus écrit et artistique (consulter l'imposant ouvrage "Alchimie" de l'Historien d'Art Jacques van Lennep).

Son étude est toutefois irremplaçable pour essayer de comprendre les actes de certains personnages dans un contexte historique et c'est uniquement ce qui nous intéresse pour la symbolique de Palairac.

Il en est de même pour le Christianisme ou la Franc-maçonnerie auquel il est fait référence dans les pages de ce site web : peu importe qu'ils constituent une "vérité" ou pas. Leur seul intérêt ici est historique.

Chevalier Rose-Croix

tablier Selon les anciens rituels, le sens de la Parole Perdue INRI est une étape importante de l'initiation au 18ème grade, de Chevalier Rose-Croix, du REAA. Les voyages symboliques autour des trois colonnes amènent aussi le récipiendaire du grade à y lire le nom des trois vertus théologales. Le tablier ci-contre représente traditionnellement ces vertus par trois femmes : en blanc la Foi qui brandit la croix, en vert l'Espérance qui maintient l'ancre et en rouge la Charité en nourrice.
Selon les obédiences et les rituels, la signification purement chrétienne d'INRI, ou une signification inspirée par le christianisme, est révélée, mais aussi la signification hermétique Igne Natura Renovatur Integra dans un registre purement philosophique. Le sens alchimique opératif lié au symbole du cercle avec la croix (la "matière première") est véritablement perdu...
Par rapport au sens chrétien d'INRI et des vertus théologales, pourquoi le REAA fait-il tant de mystères et de rituels pour énoncer dans ce haut grade des notions que tous les chrétiens sont sensés connaître ? Outre que ces rituels s'inscrivent dans le cycle d'acquisition et de mise en pratique des vertus, pourquoi ne pas révéler que cette mise en application des vertus théologales, en relation avec INRI, génèrerait la réussite physique des manipulations alchimiques opératives, comme l'affirmaient les alchimistes à mots couverts ? Mais en admettant uniquement une démarche spéculative et en devant nier, conformément aux conceptions scientifiques modernes, la possibilité d'une Alchimie opérative, comment tenir ce discours... René Le Forestier, dans son "La franc-maçonnerie templière et occultiste", pourtant n'a pas hésité à le dire :
Note : le sens de la Parole Perdue peut être différent selon les rituels et les grades moins chrétiens : le mot du maître non dérobé par les mauvais compagnons lors du meurtre d'Hiram ne peut être qu'épelé : YHVH, sa prononciation, sa parole, est perdue depuis la destruction du Temple.
"Le Rituel du Rose-Croix avait d'autres raisons d'être que de donner aux Frères un enseignement religieux, dispensé publiquement par les pasteurs, catholiques ou protestants, et la mise en pratique des vertus théologales, si instamment recommandée aux candidats, paraît moins que désintéressée quand on se souvient qu'elle était pour les adeptes une condition de la réussite de la transmutation.
Associée aux figures symboliques employées traditionnellement par les alchimistes, la commémoration du Christ crucifié, mis au tombeau et réssuscité, était manifestement inspirée par la doctrine hermétique qui faisait de la Passion, de la Mise au tombeau et de la Résurrection le type transcandant du Grand Oeuvre."


Pour ce grade de Chevalier Rose-croix est aussi célébrée la cène avec un plateau d'argent muni de pain et un vase d'argent, ou de cristal, rempli de vin. La cérémonie se termine par ces sages paroles : "souvenons-nous que nous devons propager sur la terre toutes les vertus qui naissent de la foi et de la charité".

Voici des symboles qui se retrouvent d'une manière générale en Franc-maçonnerie :

Et à Palairac ?

L'interprétation religieuse de la fresque du Temple de Salomon de Palairac, se suffisant à elle-même, révèlerait une composition symbolique donnant l'Homme, Temple de Dieu. Le Temple représenté serait l'Homme, création de Dieu et animé par lui (oeil dans triangle du Temple). Les colonnes noires et blanches seraient les choix de vie de l'Homme qui oscillent entre Bien et Mal. La pratique des vertus théologales (croix : Foi, ancre : Espérance, calice ? : Charité), associée, par la Révélation, au respect de l'Ancienne Alliance (Tables de la Loi), permettrait de vaincre le Mal sous toutes ses formes (colonne noire : mal au quotidien, serpent ? : péché originel) et de retrouver l'état édenique que l'Homme possédait avant la Chute. (Toutefois on peut y voir une voie intérieure, apparemment pour atteindre par soi-même une "réintégration" dès maintenant, dans une perspective de théisme philosophique, voire même de déisme niant l'intervention d'un clergé.) Cette quête de Chevalier (croix, vertus), constituerait le but et la voie de Son passage sur terre (cf Böhme et von Eckartshausen).
On pourrait peut-être tout résumer en disant que "Par la Foi, c'est en s'oubliant et en donnant qu'on reçoit".
Certes, le Rite Ecossais Rectifié est basé sur cette vision chrétienne...
En maçonnerie au RER, le dernier des 4 grades de la classe symbolique est Maître écossais de Saint-André. Dans le Temple de la peinture de Palairac, le X, formé par la croix et l'ancre, les Tables de la Loi et le Calice, seraient-ils des allusions à ce grade qui prend Saint André (croix de Saint André) comme symbole du passage de l'Ancienne Alliance à la Nouvelle et qui a pour objectif la reconstruction intérieure du Temple de Salomon ? Le rituel de ce grade du RER ne fut cependant établi définitivement par J. B. Villermoz qu'en 1809. Il est nécessaire de préciser que, probablement trop influencé par le Martinèsisme, J. B. Villermoz se méfiait de l'alchimie et la rejetait. Encore faudrait-il savoir de quelle "alchimie" il parlait. Son frère (de sang) s'y adonnait pourtant...
En supposant que des maçons soient intervenus dans la réalisation de la fresque, ce (trompeur) rejet de l'alchimie opérative (et non l'Alchimie) dans l'écossisme rectifié de Villermoz inciterait à ne pas attribuer la création de cette peinture à des maçons de ce type.

Mais aucune donnée historique n'a pour le moment été trouvée d'une activité ou une présence maçonnique réelle à Palairac (7) (surtout dans les rites écossais). Malgré des correspondances apparentes avec la symbolique du Grade Chevalier Rose-Croix, avec le RER ou la philosophie propre à certains maçons du XVIIIème, dire que la fresque de Palairac est une représentation franc-maçonne ne serait pas judicieux :
acacia Reconnaissons toutefois que la question peut se poser et qu'il est certes bien difficile de dire qui a conçu la peinture, nourrie d'influences diverses, religieuses ou moins "conventionnelles". Si la fresque est plus récente, fin XVIIIème par exemple, la réponse affirmative à la question devient plus plausible. Les tentures avec voilage garnies de branches d'acacia, peintes dans l'abside, peut-être du XVIIIème, pourraient aller aussi dans ce sens. (Notons cependant que les feuilles ne sont pas vertes mais une combinaison des couleurs de l'Oeuvre : noir, blanc, rouge...). Mais cet éventuel côté opératif alchimique fort (les matières seraient désignées, les proportions, les opérations) s'en trouverait plus énigmatique, la franc-maçonnerie conventionnelle se définissant elle-même purement spéculative...
germaineOn peut aussi éventuellement voir dans la posture de Saint Germaine de Pibrac (seconde moitié du XIXème) le Signe d'ordre du Compagnon...
A moins qu'il ne s'agisse d'une "loge" ou un "groupe" antérieur à la formation de cette maçonnerie moderne et/ou orienté vers des travaux "hermétiques", en relation avec le long passé minier du village...
En effet, fin XVIIIème, il est possible de faire appel à une maçonnerie moins "classique" que celle prise en compte dans cette présentation (Voir seconde partie).

INRI

Il est à noter que le retable de Saint Roch sous-jascent, peut comporter une allusion à la Rose-Croix, par les rosiers grimpants sur les colonnes salomoniques et la statue de Saint Roch faisant le "geste de l'Initié". La Rose inscrite dans la Croix d'ogives de la chapelle Sud complèterait le tableau. Par contre cette représentation est beaucoup plus ancienne (XIIIème). Une marque d'opératifs ?
Oui, mais de quel type ? Ou bien n'est-ce tout simplement qu'un symbole marial ? ...

phénixToutefois, l'interprétation alchimique semble apporter, outre une autre signification, opérative, aux symboles religieux, l'explication de certains symboles ne rentrant pas dans ce cadre religieux (ombres rouges, boules rouges,...), complétée en partie par ceci : le Temple de Salomon représente le Grand Oeuvre. Les colonnes noires et blanches marquent les deux régimes au Noir et au Blanc qui débutent celui-ci (ils sont à l'entrée). L'oeuvre au rouge et les multiplications en marquent la fin. L'oeuvre serait subordonné au souffle divin qui ne s'acquière que par la pratique des vertus théologales, seul "feu capable d'opérer la construction du Saint des Saints".
phoenixEn écartant la signification chrétienne du Pélican (la Charité), il est tout-à-fait surprenant que l'opération de Multiplication de la Pierre possiblement symbolisée par la fresque (cf interprétation alchimique) soit très souvent représentée en Alchimie par le Pélican s'ouvrant le flanc pour nourrir ses petits et que ce même symbole, additionné de INRI, soit propre au grade de Chevalier Rose-Croix du REAA (voir la gravure ci-dessus) ... De plus, le retable du maître-autel comporte un phénix dans l'écusson au milieu du tympan. Aigle ou Phénix ? Le concepteur a joué sur les mots pour la représentation : Phénix assurémment par la présence des palmes qui l'entourent et du tronc de palmier (phénix végétal=dattier ) sur lequel il s'agrippe. Cette tournure d'esprit, par analogie verbale, est caractéristique du langage alchimique. Il aurait été tellement plus simple de représenter un phénix sur son bucher pour une identification sans ambigüité. On pourrait même voir dans l'espèce de doigt en forme de boudin, suspendu sous le croisement inférieur des deux palmes et représentant l'empilement de plusieurs fruits ronds aplatis, une allusion aux dattes, fruit du palmier dattier ou phénix, dont l'origine du nom vient de dactylus signifiant doigt.
Fin XVIIIème, plusieurs rites intégraient un "grade du Phénix" ou un "grade Chevalier du Phénix". Encore une fois le Phénix est présent dans le rituel du XVIIIème grade du REAA. En complément du Pélican, il représente la seconde vertu théologale : l'Espérance. Ou encore le feu qui régénère, en liaison avec INRI... En icônographie alchimique, il représente fréquemment la Pierre Philosophale ou l'opération des Multiplications.

phenix2
Andreas Libavius, Alchymia, 1606 : le phénix végétal à gauche, l'animal à droite ...

On peut voir aussi dans la fresque une allusion à la parole perdue sur plusieurs niveaux : la nature humaine, notamment, est régénérée entièrement par le souffle divin, expiré par Jésus sur la Croix (interprétation religieuse, philosophique), le feu secret régénère totalement les matières du Grand Oeuvre (de la séparation initiale aux multiplications, interprétation alchimique, opérative); Jésus de Nazareth Roi des Juifs (le calice, si calice il y a, de la rédemption eucharistique avec son sang=Jésus de Nazareth, placé au Tabernacle dans le Temple de Salomon, signe de la royauté temporelle=Roi des Juifs) (8).
Un livre récent, bien fait, écrit par un maçon du Grand Orient (Claude Delbos, Aux sources de la Rose-Croix, Detrad aVs Editions), réhabilite l'apport alchimique et des Rose-Croix dans le grade de Chevalier Rose-Croix. Il est à noter que les conclusions se ramènent à un humanisme sans Foi tel que le prône le Grand Orient, écartant l'Alchimie opérative (9). De plus, les Frères de la Rosée Cuite (définition donnée par Thomas de Corneille in "Dictionnaire des Arts et des Sciences") n'ont probablement jamais été une confrérie réelle avec hiérarchie telle la Franc-maçonnerie. Leur existence sous cette forme est une pure invention, comme tout le récit des Noces Chymiques de Christian Rosenkreutz, à prendre comme un livre d'Alchimie codé comme tel. Le lecteur lira avec profit l'avertissement sur les Rose-Croix et les sociétés s'en réclamant, de "Fulcanelli", dans ses Demeures Philosophales, au chapitre traitant du symbole X de la Lumière (qu'on retrouve aussi dans la fresque de Palairac par le croisement de l'ancre et de la croix, mais qui pourrait désigner plutôt la Xharis ou Grâce) à propos de Louis d'Estissac.
Cette même définition de Frères de la Rosée Cuite se retrouve dans "L'étoile flamboyante ou La Société des Francs-maçons" de Louis, Théodore-Henri, Baron de Tschoudy, paru en 1766. Voici l'extrait se rapportant à ce sujet, situé tout à la fin du catéchisme pour le grade d'adepte, qui montre que le Baron Tschoudy, Franc-maçon convaincu, connaissait la signification exacte de la Parole Perdue, marque de son attachement à une alchimie opérative, et qui résume assez bien l'esprit de cette page sur la Franc-maçonnerie :

"Pour mon goût personnel, j'aimerais assez que la chose des Maçons fût effectivement la découverte du grand oeuvre : j'y trouve de grandes probabilités, & il est constant qu'en anatomisant plusieurs de ce que l'on appelle grands grades, en écartant le mysticisme des uns, les entours fabuleux des autres, on les tournerait aisément à la spéculation physique, dont au fond ils semblent vouloir établir les principes ; un seul exemple le prouve : les faux schismes de Rose-croix, traités avec l'appareil pieux, vague, lugubre & brillant, dont on les surcharge en certaines loges, n'offrent à l'esprit de celui que l'on initie, que l'action sainte, des mystères révérés que l'on peut avoir décrits en des livres que ce grade copie, pour ainsi dire, & ce n'est plus à beaucoup près le véritable Rose-Croix tel qu'il fut dans sa très ancienne origine ; cependant à qui voudrait le décomposer, en suivant exactement les mêmes surfaces, sous des analogies philosophiques, y trouverait infailliblement le grain fixe, si ce terme est permis, des éléments de la science d'Hermès ; & la signature même des Maçons orgueilleux de ce grade, F. R. C. ne signifie autre chose que Frates roris cocti. Le grade du Phénix, que quelques uns apprécient beaucoup plus qu'il ne vaut, revient entièrement à cette partie, le Tetragrammaton, le Stibium, la Pentacule, sont des emblèmes précis : de faux docteurs y ajoutent de très fausses recettes, contenues en une manière de procédé prescrite pour la perfection du Stibium ; ces erreurs ne trompent pas le Sage, c'est à lui de les rectifier : il est toujours bien flatteur pour le Maçon de pouvoir aspirer à cette qualité, & se parer d'un titre qui fait honneur à l'esprit, annonce la pureté du coeur, & rassemble des ouvriers intelligents, dont le but est d'aider & d'éclairer l'humanité."

Le Baron de Tschoudy avait même écrit à l'article XVIII des statuts des Philosophes Inconnus : "... soit à mettre lui-même la main à la pratique, sans laquelle toute la spéculation est incertaine ..." ou encore à la fin de ces statuts dans le N.B. "... le but physique est peut-être l'objet essentiel de notre association première ...".

En effet, il existerait une autre signification majeure de INRI en Alchimie opérative : Igne Nitrium Roris Invenitur, par le feu se découvre le nitre de la rosée ...


Partie 2 : Pailhoux de Cascastel, les Philadelphes, Chefdebien, Dagobert, Chaptal, les mines, ...


Notes :

(1) Réputé découvert dans les années 1770, l'oxygène a peut-être été détecté bien avant, en témoigne ce passage du Cosmopolite. Plutôt que de se rapporter à un mystérieux agent revendiqué par les alchimistes, il semble bien que A. Sethon envisageait tout simplement l'oxygène atmosphérique : "l'homme, créé de la terre, vit de l'air, en effet est caché dans l'air, l'aliment de la vie, que nous appelons, de nuit, la rosée, de jour, l'eau rarefiée dont l'esprit invisible congelé est meilleur que la terre universelle."

(2) Chimie et alchimie étaient synonymes avant cette époque. L'apport conséquent d'une tradition hermétique semblerait intervenir fin XVIème, début XVIIème. Pour les rapports entre Alchimie et Hermétisme, consulter Bernard Joly, « La rationalité de l’hermétisme », Methodos [En ligne], 3 | 2003, mis en ligne le 05 avril 2004, http://methodos.revues.org/106. Certains envisagent au contraire une tradition hermétique propre à l'alchimie parallèle à la philosophie hermétique des Hermetica redécouverts à la Renaissance et non issue d'elle (Françoise Bonardel par ex.)

(3) Selon leur vision holoscopique (microcosmes à l'image du macrocosme) et leur principe d'analogie, la triade alchimique Soufre, Mercure, Sel serait similaire à la triade humaine âme, esprit, corps. Le premier travail de séparation des "principes" se ferait à la fois sur le minerai et sur l'opérateur. Pour ensuite les joindre de manière harmonieuse et non concurrentielle (en Alchimie). Les notions d'âme, esprit et corps sont plutôt désignées aujourd'hui par être, ego et corps organique. L'ego est souvent assimilé à d'autres notions qui le génèreraient : mental ou intellect. Intimement lié au fonctionnement du cerveau (qui "n'arrête pas de penser"), un déséquilibre important favoriserait l'ego par rapport à l'être : depuis des lustres ("la Chute"), le "je", le "moi" règne en maître, gonflé par nos modes d'éducation et de société.  Il serait lié au temps, à la matière, à l'illusion, voire à Satan (l'Adversaire qui est en nous). L'être serait la partie "intemporelle", "divine", "vraie", "bonne" (Amour) de l'humain. La juste séparation et cohabitation de ces deux notions dans la troisième obligerait l'alchimiste à vivre dans "l'ici et maintenant", tarte à la crème orientale servie jusqu'à l'indigestion par les défenseurs "d'éveil spirituel"... Certains vont jusqu'à
une "élimination" totale de "l'ego" et fusion de l'être dans "l'Etre Unique" (mais ce n'est plus "alchimique"). Tout cela à grands renforts du mot Amour...
Toutes ces notions reconnues comme le must de la spiritualité perdent toute validité si on considère l'homme comme une simple production mécanique de la nature où "l'esprit" (individuel ou divin), séparé de la matière, n'existe pas... (Ce qui n'empêche toutefois pas une "spiritualité" athée)

(4) Cependant, l'Etoile Flamboyante du Baron Tschoudy (1720-1769), remplie de Philosophie Hermétique et d'Alchimie opérative, et qui semble avoir influencé le développement du REAA au cours du XVIIIème siècle, confirmerait, qu'à cette époque, une partie de la Franc-maçonnerie était bien opérative quant à l'Alchimie.
Pour les relations entre F.M. et Alchimie, consulter cette étude du chercheur du CNRS, Didier Kahn :
 http://halshs.archives-ouvertes.fr/docs/00/67/42/36/PDF/F.-M._et_alchimie_HAL.pdf

(5) Cette manière de mélanger la religion chrétienne et l'Alchimie semble apparaître à partir du début du XIVème siècle avec Petrus Bonus. Plus tard, début XVIIème, le philosophe allemand Jacob Böhme n'a pas hésité à comparer la quête de la Sagesse Divine perdue par la Chute à la recherche de la Pierre Philosophale par les alchimistes. Il a ainsi intégré l'alchimie à son système philosophique, initiant ou confortant la vision philosophique de l'Alchimie depuis.

(6) Si la quête de la Pierre Philosophale peut "éventuellement" ne pas rentrer dans le cadre scientifique, les applications de la poudre de projection (une transmutation par ex), réalisables selon les alchimistes par n'importe qui (pas un "Adepte"), rentrent, elles, pleinement dans le champ scientifique (action physique, reproductibilité de l'expérience, etc.) et il faut bien reconnaître qu'une preuve scientifique de la véracité de ses effets n'a jamais été donnée, aujourd'hui comme hier (contrairement à l'affirmation, que certains défendent, que des Adeptes parcouraient l'Europe au XVIIème pour les "démontrer").

(7) On ne peut cacher cependant que quelques Francs-maçons notoires ont côtoyé Palairac à la fin du XVIIIème siècle lors de l'exploitation minière. Le texte de cette note rédigée en février 2009 constitue depuis novembre 2009 une seconde page sur l'origine maçonnique.

(8) Au sujet du Titulus ou symbole INRI, "Symbole Perdu" ou "Verbum Demissum", deux petites remarques peuvent être faites sur celui qu'on retrouve dans la station XII du chemin de croix de l'église et sur celui gravé dans le support en pierre de la croix placée au col de Ferréol, en limite de Maisons, et correspondant à Jésus de Nazareth Roi des Juifs.


Le INRI du chemin de croix ressemble presque à un INRA...
Quant à l'inscription du fût en pierre du col de Ferréol, elle donne le texte ci-dessous. Remarquez les abréviations des mots principaux utilisant un point sous les dernières lettres (sous le T de ST JEAN, sous le S de JS, sous le T et le H de NTH, sous le I de RI et sous le F et le S de JFS)... A noter la forme du 8 (en creux) et du 6 (non fermé) de 1862.



DONNE
PAR
MESTRE JEAN
A ST JEAN
JS DE NTH
RI DES JFS
1862
On peut penser que tout cela n'a rien de spécial, et c'est probablement le cas.
Cependant, pour la pierre gravée, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ! Sans rapport certainement, rappelons toutefois que les ateliers maçonniques portent le nom de Loges de Saint Jean, que les frères se désignent entre eux par ... ou :. et que mestre est l'ancienne écriture de maître ...
triangle Pour le chemin de croix, le A du INRI n'est probablement qu'un raté de l'artiste qui a écrit, sans qu'il n'ait eu l'intention d'y suggérer un compas par exemple (le trait court du "i" rejoingnant la minuscule "parenthèse dorée" droite...)
Alors pourquoi, à la station I, a-t-il placé une sorte de triangle (sandales?) sur le pied droit d'un des soldats qui tient Jésus pendant que Pilate lui demande s'il est le Roi des Juifs et le condamne ? (Ce pied est le seul pied romain du chemin de croix à ne pas être chaussé de botte. Il semble de plus qu'il y ait un point au milieu du "triangle")
Mais il est vrai que celui qui a écrit les titres au bas des stations confondait allègrement les accents graves et aigus, et celui qui a placé le chemin de croix au mur les I,V et X des nombres romains ...
Toutes ces "bizarreries" ne relèvent donc pas, semble-t-il, de volontés délibérées pour faire passer un message.

(9) Intégrant la connaissance scientifique à sa démarche, l'auteur considère les alchimistes du XVIIème uniquement comme les scientifiques de l'époque et nie, bien sûr, la possibilité d'existence de la Pierre Philosophale.