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Eglise Saint Saturnin de Palairac

Nouveaux indices pour l'origine de la décoration de l'église

Une mise en place juste après la Révolution, par des maçons ?


La statue de Saint Roch

Un examen plus attentif de la cuisse de Saint Roch, sous éclairage différent, a permis de constater qu'il possédait bien une blessure qu'on a volontairement masquée. Les photographies au flash, par éclairage direct, ne montre aucune retouche au niveau de la cuisse. Par contre, sans flash et par réflexion des lumières d'éclairage éloigné, les photos suivantes montrent la forme initiale de la blessure. Un travail soigneux de rebouchage a été réalisé et une retouche de peinture couleur chaire a fini par masquer cette plaie originelle.

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Normalement, rien n'est visible sur la cuisse


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Mais en éclairage arrière et en se plaçant correctement, la zone où était la plaie apparaît.

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Les traces du couteau ayant servi au rebouchage apparaissent

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La zone retouchée est restée luisante contrairement au reste.

A une époque indéterminée, on a modifié la statue de manière à masquer sa blessure. On a donc volontairement transformer Saint Roch dans un but précis. Cela prouve que quelqu'un s'est servi d'un objet existant (une statue récupérée autre part ?) pour le rendre conforme à son désir.
A-t-on réellement voulu que Saint Roch fasse le geste de "l'Initié" qui a la "Maîtrise de la Connaissance" ? (Ce geste correspond apparemment à montrer son genoux gauche, contrairement à la posture initiatique du profane qui concerne le dénuement du genou droit)

Joseph Gaspard Pailhoux de Cascastel

Roger-René Dagobert affirmait que Joseph-Gaspard Pailhoux de Cascastel faisait partie de la loge des Philadelphes de Narbonne. Mais il n'en donne aucune preuve. Le tableau de la première Loge du Rit Primitif qui nous est parvenu, parmi les 48 noms, ne comporte pas celui du Seigneur de Cascastel. Soit d'autres loges du Rit Primitif ont existé et les tableaux ne nous sont pas parvenus, soit Pailhoux faisait partie d'une loge au rite différent, soit il n'était pas franc-maçon.
Un examen attentif récent de la généalogie des Pailhoux a permis cependant de mettre en avant des liens familiaux entre Joseph-Gaspard et certains membres de cette première loge du Rit Primitif.
Par sa mère, Marie-Thérèse de Ros, Joseph-Gaspard était apparenté à au moins trois Philadelphes du tableau de la première loge :
Louis Guillaume de Bon de Saint Hilaire, le frère du Comte, ou plutôt Marquis, d'Aguilar, était Président du Conseil Souverain du Roussillon dont Joseph-Gaspard Pailhoux de Cascastel était Conseiller. Ce Conseil, Souverain en matière de Justice, était composé de 12 membres. Il semblerait qu'un autre membre de ce Conseil ait été aussi Philalèthe des Amis réunis : François Antoine d'Aubermesnil.
Dernier Seigneur de Mosset (*), le Marquis d'Aguilar fut Chevalier de l'Ordre de St Jean de Jérusalem, Chevalier Honoraire de Malte, Chevalier de l'Ordre de St Louis, Major du Régiment Royal Etranger de Cavalerie et ... premier Maire de Perpignan de 1790 à 1792.
A noter que de son premier mariage avec Gaspard de Gléon, Marie-Thérèse de Ros a eu un autre fils, Joseph de Gléon, qui s'est marié avec Marianne de Bon, soeur de Pierre François Ignace de Bon et de Louis Guillaume de Bon de Saint Hilaire. Pour résumer l'épouse du (demi-)frère de Joseph-Gaspard était la soeur du Marquis d'Aguilar. C'était donc un beau-frère, au sens large. A noter encore l'importance qu'a pu avoir sa mère pour Joseph-Gaspard : son père est décédé alors qu'il avait 8 ans.
Enfin, les familles Cagarriga et de Ros du Roussillon se sont jointes par plusieurs mariages du XVIIème au XIXème siècle. François-Marie de Chefdebien épousa Eulalie de Cagarriga en 1792 (branche d'Alénya). Ainsi, par sa mère et alliance lointaine, Joseph-Gaspard Pailhoux de Cascastel, à 66 ans, fut quelque peu apparenté avec le Marquis d'Armissan...

Voilà donc quatre maçons du tableau de la première loge du Rit Primitif qui avaient, certes à des degrés divers, des liens familiaux avec Joseph Gaspard. En a-t-il fait aussi partie ? Dans une autre loge ? La question peut sérieusement se poser maintenant : les occasions de cooptation de cet honnête homme qu'était Joseph-Gaspard n'ont pas manqué.

La plupart des Philadelphes furent des associés : c-à-d maçons accomplis, initiés dans d'autres loges, et reçus dans la loge Narbonnaise.
Le comte de Ros et le Marquis d'Aguilar étaient d'anciens Vénérables-Maîtres, et fondateurs, de la loge Perpignanaise élitiste "La Sociabilité" (**). Par leur parenté avec Pailhoux, faut-il chercher une éventuelle appartenance de ce dernier à cette loge ? D'autant plus que d'autres membres de sa famille en faisaient partie (Joseph d'Ortaffa par ex., frère d'Antoine, le mari de sa cousine germaine prénommée aussi Marie-thérèse).

La décoration de la salle des gypseries du château de Cascastel, montrant la domination de l'Homme sur la Nature en 4 tableaux, et l'humanisme dont fit preuve Joseph-Gaspard militent fortement pour son appartenance à la Franc-maçonnerie. C'était aussi peut-être le cas pour son père Gaspard.

Ainsi la rencontre de Pailhoux avec Chaptal n'est-elle due qu'au motif professionnel d'exploitation des mines d'antimoine ou se sont-ils trouvés parce que "Frères" (si Chaptal a bien été initié au début des années 1780) ?

Par rapport à Joseph Gaspard Pailhoux de Cascastel, une demande à la Famille de Chefdebien de consultation de ses archives est en cours de traitement. Espérons que cette consultation sera possible. Ces archives ne sont plus à Narbonne aujourd'hui mais aux Archives Départementales, toujours en fonds privés.

creusetEnfin dernier indice concernant éventuellement Pailhoux de Cascastel : Des fouilles se déroulent actuellement au château de Cascastel dans la pièce voûtée en ruine, obscure à l'origine, qui jouxte la salle des gypseries. Parmi des débris de creusets répartis sur toute la surface a été exhumé dans un coin un creuset en parfait état avec son couvercle (environ 15 cm de haut et 6 cm de diamètre).
Ce ne sont pas ces creusets qui servaient dans le four principal de traitement de l'antimoine (ils sont bien trop petits) ...
Ces creusets sont des creusets de laboratoire, très souvent utilisés à l'époque par les essayeurs pour faire des "tests" sur les métaux (... ou encore faire l'extraction du régule martial étoilé d'antimoine ...).
Il est possible que la suite des fouilles révèle la présence d'un petit four (pour l'utilisation de ces creusets). A noter pour les couvercles des creusets, la forme carrée du téton pour une prise facile avec les pinces...

Vers une hypothèse sur l'origine de la décoration de l'église Saint Saturnin de Palairac

Ceci n'est qu'une hypothèse (à prendre avec des "pincettes"). Proposée à partir d'indices concordants, elle tente de réaliser la synthèse des différentes informations disponibles. En complément des particularités du mobilier, elle fait intervenir des données purement historiques et des données moins "conventionnelles". La prise en compte de ces dernières est possible en raison du contexte métallurgique de Palairac et sa région au XVIIIème. Nous ne pouvons reprendre toutes ces données de manière exhaustive ici. Le lecteur intéressé se reportera au reste du site pour leur détail.
En attendant une éventuelle confirmation que Joseph-Gaspard Pailhoux de Cascastel ait appartenu à la Franc-maçonnerie du XVIIIème, supposons qu'il était bien franc-maçon et faisait partie des Philadelphes de Narbonne ou qu'il ait eu d'étroits contacts avec eux, de même qu'avec les Philalèthes.
Intéressé depuis longtemps par le travail des métaux, il se serait dirigé, pour différentes raisons, mais principalement la raison philosophique, vers la recherche de la Pierre Philosophale.
Dès qu'il a eu connaissance de la présence des mines d'antimoine sur Maisons, Palairac et Quintillan, il a vendu à son gendre toutes ses activités qui concernaient les autres métaux (fer principalement) pour se consacrer presqu'exclusivement (outre un peu de Pb ou Cu) avec Chaptal (FF) à l'extraction de la stibine de ces trois communes.
En faisant de la sorte ils auraient réalisé une mainmise régionale sur la "première matière" d'une des voies alchimiques. En effet, à tort ou à raison, la stibine est le sujet de la voie dite "sèche", réalisée au creuset.
Peu importe si l'Alchimie est une chimère. A l'époque, certains y croyaient encore, notamment parmi les franc-maçons.
Aidé des Philadelphes et/ou des Philalèthes (notamment ceux de sa famille), Joseph-Gaspard Pailhoux de Cascastel pourrait être à l'origine de la décoration de l'église Saint Saturnin de Palairac.
Ce pourrait être vers 1793, à l'époque de l'interdiction du culte et de la revente des biens d'Eglise comme biens nationaux, que ces maçons auraient acheté ou déplacé différents éléments décoratifs (retables, autels, statues ...), de diverses provenances, en les destinant à l'église de Palairac (isolée du village). Cela expliquerait les styles baroques et classiques mélangés.
Le retable de Saint Roch viendrait par exemple d'un retable d'une Vierge du Rosaire (des P.O. ? Amélie-les-bains ?). Celui du maître-autel pourrait venir de Narbonne avec quelques modifications pour le besoin (l'écusson au phénix par ex. qui aurait remplacé un blason de de Rebé).
La famille de Chefdebien aurait pu fournir la statue de Saint Roch : ils le considèrent comme un aïeul et auraient pu ainsi apposer leur signature.
Même si aucun symbole spécifiquement "maçonnique" n'apparait sur la peinture de la chapelle Saint roch (***), ils seraient à l'origine de celle-ci, comme de l'agencement du mobilier, en témoignage de ce à quoi ils croyaient : leur philosophie chrétienne et le moyen physique de la contrôler.
L'ensemble ne serait donc juste qu'un témoignage, qui pouvait servir comme support symbolique à certains enseignements dans le cadre "d'élévations" que le récipiendaire recevait en loge.
En aucun cas l'église n'a servi à quelque tenue. Ce n'était pas un temple, mais juste un lieu réservé à l'apprentissage et la réflexion pour les maçons qui choisissaient (ou à l'époque qui accèdaient à) cette voie (l'Alchimie) comme moyen de perfectionnement. D'où peut-être l'absence de symboles issus des métiers de la construction.
Cette tradition hermétique aurait perduré jusqu'au dernier quart du XIXème (1878-1880 ?). Le dernier vrai témoignage apporté serait la cloche Hermestine-Justine (1878). Mais par qui ?
Et à partir de la mort des concepteurs qui aurait continué tout au long du XIXème ?

Mais tout ceci peut aussi n'être "qu'une belle histoire" ...

Le 20 Août 2012


Notes :

(*) A la même époque (de 1791 à 1795), le curé de Palairac, Pierre Parès, était cousin des Parès de Mosset (par un arrière-grand père commun d'Estagel). Ce curé a eu une vie très mouvementée dans les années qui suivirent la Révolution. Interné à Rochefort, déporté et emprisonné en Guyane, il put s'évader et après bien des périples revenir en France en 1800.
Il finit Chanoine de la Cathédrale Saint Jean de Perpignan. (pour le détail : http://www.histoiredemosset.fr/genemosset/pares_pierre.html)
Tout en étant aussi curé de Tautavel à partir de 1792, il joua le rôle d'officier d'Etat Civil à Palairac de 1792 à 1795, établissant les actes parfois dans l'église faute de maison commune. C'est donc lui qui vécut l'interdiction du culte nationale prononcée fin 1793.

(**) lire l'article de Céline Sala sur la Franc-maçonnerie Perpignanaise aux temps des Lumières : http://cdlm.revues.org/index1160.html

(***) Toutefois l'extérieur du temple, recouvert d'ocre aujourd'hui, aurait éventuellement pu en comporter, à l'image d'un tapis de loge.