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Eglise Saint Saturnin de Palairac

Chapelle Saint Roch

Peinture murale



Ignorée jusqu'à aujourd'hui, cette "fresque" est bien une peinture et non une vraie fresque (pigments saisis dans l'enduit frais).
Elle sert de tympan au retable en bois de Saint Roch. Elle pourrait être contemporaine de celui-ci, soit fin XVIIème ou XVIIIème.

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Description

Elle représente un temple aux colonnes de couleurs opposées, noire à gauche et blanche à droite.
Le fronton triangulaire fait apparaître l'oeil dans un triangle, bordé de nuées, avec un arrière plan de couleur jaune.
L'intérieur du temple, entre les deux colonnes, dévoile une composition très symbolique, très abîmée, sur un fond couleur rose :
  • les deux Tables de la loi, côte-à-côte, dont seulement celle de droite semble numérotée, en chiffre romain, et qui montre comme un petit triangle ombré vers le haut,
  • derrière les tables, croisées en X une croix (qui semble prolongée par l'ombre rouge) et une ancre marine à deux branches,
  • des ombres ou projections rouges de la croix, la Table de droite, semblant être produites par
  • une petite boule rouge en haut à gauche, avec peut-être une seconde plus petite juste dessous à droite,
  • derrière la branche gauche de l'ancre, une grosse boule rouge qui semble suspendue à la branche gauche de la croix, qui aurait paradoxalement la forme d'un crochet,
  • un serpent, peut-être, enroulé sous les Tables et l'ancre, dont l'éventuelle tête (?) vient se placer sous ce qui semble être ...
  • un calice, au milieu de la composition.

Le Graal ou Saint Graal n'a peut-être jamais existé. La mythologie développée sur ce thème par divers auteurs au Moyen-âge correspond probablement à la mise en évidence du sacrement d'Eucharistie face à la montée d'hérésies tel que le "catharisme". Les "cathares" refusaient cette notion d'Eucharistie. Certains ont fait croire que leur "trésor" était cet objet mythique. Les Bons Hommes rejetant tout attachement à la matière, cette croyance va à l'encontre de leur philosophie et se révèle complètement fausse. Lire le livre "Les Cathares et le Graal", de Michel Roquebert, sur ce sujet pour plus de détail.
Pour certains, il serait bien tentant de voir dans ce Saint Calice une représentation du Graal...


1) ANALYSE

La fresque murale pourrait dater de la période fin XVIIème à fin XVIIIème. Lors des travaux de conservation de la peinture, la restauratrice a estimé que l'enduit lisse qui lui sert de support date du XVIIème.

Elle pourrait avoir été élaborée à la mise en place du retable, et pas avant : la base de la peinture commence au-dessus du linteau supérieur du retable (qui ne possède pas de tympan en bois) et la peinture ne se prolonge pas derrière celui-ci.

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C'est elle qui semble servir de tympan au retable.
Pourquoi avoir choisi de faire une peinture murale, plutôt qu'une pièce en bois peint ?
La mémoire du village rapporte qu'à la fin XIXème ou au début XXème l'église a été totalement repeinte. La fresque est plus ancienne que ce ravalement : une coulée de peinture et un vide sans cette peinture ocre se distinguent au-dessus du chapiteau de la colonne blanche (en A).
On peut deviner comment celle-ci a été dessinée. La tige de l'ancre apparaît derrière la Table de droite (en B). Elle a donc été peinte avant la Table. Il en est de même pour d'autres éléments : la croix par ex. dont on peut voir le bord traverser tout le long derrière les deux Tables. A noter que le point de croisement de la croix et l'ancre est décentré par rapport aux Tables.
Un plaisantin (!) a gribouillé, à une époque indéterminée, au crayon à mine, des traits non désirés un peu partout (sur le haut de la croix rouge en C par ex.). Le corps du serpent est "caché" par l'ombre rouge de la table (en G). Ce qui indique que cette "ombre" rouge n'est pas "normale". Les seules ombres naturelles sont celles qui donnent un peu de relief, comme on le fait sur les documents informatiques, à la croix et à la tige de l'ancre. Il est à noter que le petit triangle a lui une ombre dans l'autre sens qui pourrait n'être due qu'à un défaut.
La partie inférieure gauche, très abîmée, possède des traits que 'le plaisantin' a probablement rajoutés (en I par ex.).
Une 'tige' semble prolonger la tige de l'ancre ou plutôt monter vers elle (J), mais sans aucune certitude.
La colonne blanche du temple montre un aspect marbré blanc avec des nuances roses (en K).
L'espace entre les deux colonnes, où se trouve la composition centrale, est délimité par un carré, sorte de fenêtre, dont les bords, et les épaisseurs latérales, sont dissemblables (en L,M,N,O). A la droite de O une bande est restée vierge de tout détail. Un mince filet la borde en O verticalement et elle ne possède pas de bords épais, comme au niveau de N, sur les autres côtés.
Pour donner une idée des dimensions de la peinture, le trait épais en N fait environ 45 cm de haut et la Table de droite fait à peu près 17 cm de hauteur.
Les nervures, qui apparaissent dans le triangle du tympan, sont de couleurs différentes : rose (en P) ou "blanche" (en Q), à moins que cette dernière ne corresponde à une décoloration. Enfin il semblerait que, sous le triangle avec l'oeil du tympan supérieur du temple, soient disposés des nuées (en R) assez semblables à celles qu'on trouve sur la voûte de l'abside du choeur.

La partie centrale et la numérotation des Tables

f6La partie centrale de la peinture est la partie la plus abimée. De multiples tâches indésirables l'ont recouverte. La vision de près tend à noyer les détails réels par rapport aux défauts. Seule une vision plus éloignée permet d'essayer de comprendre ce qui était représenté. (vue détaillée)
La Table de droite seule paraît numérotée. On trouve néanmoins des traces de numérotation à gauche. Toutefois, à droite, le V du VIII, le IX, et surtout le X ne sont pratiquement pas visibles. Le V du VIII aurait été caché par la partie coupe du Calice. Ce dernier, avec le temps, aurait fini par s'estomper dans sa partie droite. La Table de gauche possède également, presque effacés, des bouts de traits matérialisant le texte associé à la numérotation. A noter qu'à droite ces traits existent également mais plus sombres.
L'auteur, semble-t-il, a voulu insisté sur les VI, VII et VIII situés près du triangle dont l'ombre n'est peut-être qu'une tâche de peinture. Le IX s'estompe (pourtant situé sous le 'ballon', et donc en principe visible) et le X a pratiquement disparu.
Un objet était probablement dessiné au milieu à l'avant des Tables. La vision éloignée permet d'y voir un calice dont la base du pied, non visible ci-contre, se confond avec l'arrête gauche de la pointe droite de l'ancre. Mais rien n'est sûr. De même sans certitude aucune, on peut éventuellement deviner la présence de deux anses en arc de cercle, de couleur brun sombre, depuis la partie "ballon" jusqu'au bas de la "tige" du calice...
Par l'enroulement du bas de la composition, on a tendance à deviner la présence d'un serpent. Sa tête est indéterminée : on peut éventuellement l'apercevoir à gauche du pied du calice. Toutefois les "naseaux" ne seraient peut-être dûs qu'à des tâches indésirables...
Ces deux éléments (calice et serpent) posent des problèmes d'identification.

L'intérieur du Temple (clic sur image pour détail en popup, nécessite Flashplayer)


Travaux de conservation de la peinture en 2009

Des travaux de conservation des peintures ont été entrepris au printemps 2009.
L'objectif n'était pas la restauration de la peinture mais sa conservation : faire que, dans les décennies ou siècles qui viennent, son état ne se dégrade plus. L'entreprise n'était vraiment pas facile. La peinture a malheureusement perdu de sa finesse : les sombres sont moins sombres (les ombres naturelles par ex.), les clairs moins clairs (ancre par ex.), les chiffres romains VI, VII, VIII sont moins visibles, ...
Mais les pigments sont refixés, comme les enduits, les lacunes bouchées. On a même regagné en lisibilité et détail sur la partie gauche ! Par contre les éléments d'identification difficile le sont encore plus à présent.

La peinture après conservation
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L'opération était délicate. Il était pratiquement impossible de nettoyer la peinture des projections de badigeon bleu tombé quand la voûte a été repeinte au XIXème : ce travail de ravalement peu soigneux s'est doublé d'un ajout de ciment au badigeon qui l'a rendu très dur et impossible à décoller sans enlever la peinture qu'il recouvre.
Le seul ajout placé dans la peinture lors des travaux de conservation est une esquisse d'ombre rouge correspondant à l'anneau de l'ancre.
Il a été confirmé que la numérotation à gauche existait (cf image suivante), que les chiffres VI, VII, VIII étaient "en relief" (surpeints). La peinture des numéros est d'un vert-bleu un peu semblable à celui des rideaux des fausses fenêtres de l'abside du choeur.
Quand on a repeint autour du temple il se peut qu'on l'ait légèrement amputé, notamment au niveau de la toiture triangulaire : on voit les traces d'une nervure supplémentaire extérieure maintenant recouverte par l'ocre du mur (en V, ci-dessus).
La partie "laiteuse" éliminée sur la gauche de la composition fait apparaître une sorte de grosse boule (D ci-dessus, en détail ci-contre) suspendue à la branche gauche de la croix ... Si ce ne sont pas des défauts, on peut deviner deux points brillants (en T et U), correspondant peut-être à la section de deux tiges en métal de forme carrée. Ainsi, bizarrement, la branche horizontale gauche de la croix, très abîmée (lacunes, tâches, ...), peut être vue comme un bout de ferraille recourbé servant de crochet... Une sorte d'anneau s'y placerait avec un système de tiges qui soutient une anse, faite d'une tige fine en demi-cercle (un peu plus), enfichée dans la grosse boule rouge. Une autre tige (placée en U) sortirait de derrière l'ancre ... Un objet en forme de poignée, brunâtre, semble s'enficher dans le bas de la grosse boule, faisant ressembler l'ensemble boule-poignée à un bilboquet... De même l'ensemble boule + arceau en demi-cercle supérieur pourrait ressembler à une calebasse...
Quand au calice, si l'oeil par vision éloignée devine aisément sa présence, il est bien moins visible en vision de près. Il n'existe en effet aucun trait matérialisant les limites de l'objet. La rupture du trait séparant les deux Tables incite à voir quelque chose à cet endroit, ayant une forme globale "d'écusson", de "bol" ou de "coupe", avec une partie plus claire et large sur la moitié haute et plus sombre et  évasée sur le moitié basse, donnant toutes deux une impression de "relief" (partie éclairée-partie à l'ombre) à l'objet.
Peut-être s'agissait-il tout simplement d'un coeur ? Plausible par la présence des vertus théologales...
Dommage que la grosse boule rouge ait une forme parfaitement sphérique, elle aurait aussi pu représenter un coeur... ou encore une pomme (Chute d'Adam) ...
Ou peut-être n'y a-t-il jamais rien eu de représenté à l'endroit où on devine un calice.
L'image en détail suivante, prise avant conservation perpendiculairement à la peinture, et non depuis le sol, montre que les traits symbolisant les commandements I à V chevauchent le "bol", comme s'il n'existait pas. De même les chiffres VII, VIII et IX ignorent la présence de cette partie "coupe". La partie brillante qui coupe les traits noirs verticaux séparant les deux tables et qui correspondrait au "haut de la coupe", n'est peut-être qu'un surpeint ou mieux un manque de peinture trompeur (faisant apparaître de manière hétérogène l'enduit blanc servant de support).
De même le petit triangle est probablement lui-même trompeur : matérialisé par un manque de peinture et possédant un côté gauche délimité par une tache de peinture bleue (ravalement du plafond) qui s'est étalée pour finir en filet... Bien que visible il n'est peut-être que le fruit du hasard.
Les zones les plus claires présentes principalement sur les deux Tables, composées de stries parallèles, semblent suivre un mouvement de brosse (vertical et horizontal).
Telles qu'on les voit, elles pourraient correspondre à des zones sans peinture, c-à-d où celle-ci a disparu et où on aperçevrait l'enduit ou la couche de base blanchâtre. Les couleurs noires, ocres, brunes, bleues pâles et bleues foncées (des tâches) viennent s'empiler sur ce fond. Il est étonnant que l'usure, si c'est bien l'enduit support qui apparaît, se soit concentrée sur la partie centrale de la fresque. Les stries montreraient-elle une volonté de l'abîmer ?
Cette usure serait apparue avant la chute de gouttes de peinture lors du ravalement de la voûte (avant fin XIXème).
Si ces zones claires correspondent bien aux zones usées, la coupe du calice a de fortes chances de n'avoir jamais eu d'existence.
Les comparaisons des détails avant et après conservation, en couleur ou en composantes CMJN, qu'on peut voir aux paragraphes suivant, ne montrent jamais la présence d'un calice, délimité par quelque trait que ce soit.
Le calice serait tout simplement une illusion d'optique.

Les Tables avant conservation
Les Tables après conservation (sous éclairage de côté)


L'intérieur du Temple après conservation (clic pour détail, photo prise à hauteur de la peinture, légèrement de biais)


Comparaison des détails après (à gauche) et avant (à droite) conservation


Analyse chromatique du centre de la peinture

Les images suivantes donnent la décomposition CMJN (Cyan, Magenta, Jaune, Noir) de la peinture, avec toujours à gauche l'état actuel et à droite l'état avant conservation.

Composante C

Peu de chose à voir pour cette composante, sinon qu'après conservation, par disparition de la laitence partie gauche, le corps de l'ancre est mieux visible, de même que la "calebasse".

Composante M

Avant conservation, les traits correspondant au texte des Tables de la Loi sont bien visibles, des deux côtés (sur les deux Tables). La conservation a fait presque complètement disparaitre ces détails sur la Table de gauche. Les "ombres portées rouges" ( croix et Table de droite, de couleurs claires sur cette image) sont mieux visibles avant conservation.

Composante J

La composante Jaune fait bien apparaître la croix dans sa totalité pour l'image avant conservation (image de droite). On constate que la branche gauche de la croix existait ou existe bien. L'enduit à cet endroit est très abimé.
Les impacts de gouttes tombées lors de l'application de la peinture bleue sur la voûte sont particulièrement visibles, notamment celle délimitant le triangle. Il semblerait d'après cette image et la précédente que la zone où les chiffres romains VI, VII et VIII ont été surpeints a fait l'objet d'une préparation sommaire en fond (par ex. étalement au chiffon d'une ou plusieurs tâches tombées du plafond (bleu de la voûte) pour repeindre par dessus les chiffres trop abîmés, opération réalisée par l'opérateur peu scrupuleux à l'origine du ravalement au XIXème ?)

Composante N

Cette composante est en fait un négatif noir et blanc des images

Photo en noir et blanc

Ces images ont été obtenues par mixage des canaux en demandant l'option monochrome.

2) LES INTERPRETATIONS ET LA PROVENANCE

f8 Les pages accessibles par () sont des tentatives de compréhension du message véhiculé par la fresque, compte-tenu de ce qui y semble représenté et au risque de se tromper.
Pourquoi avoir fait cette peinture dans une minuscule église d'un village perdu des Corbières ? Qui l'a réalisée ? Quand ? Etc.
Les réponses à ces questions passent par une vision globale, -holistique-, des contextes historique, culturel, économique et social du village à l'époque de sa réalisation (XVIIème-XVIIIème), dépourvue de tout tabou.
partie1 : RER, REAA grade Chevalier Rose-Croix
partie2 : les Philadelphes ?